Si certaines vous livrent votre cuillérée de miel dans le café chaque matin, d’autres préfèrent butiner et réserver leur récolte à leurs progénitures. Qu’elles soient sauvages ou domestiques, les abeilles, insectes hyménoptères, participent à la pollinisation de nombreuses espèces. Apis mellifera mellifera, notre abeille domestique n’est qu’une espèce parmi le millier qui pollinise fleurs, arbres, cultures maraîchères ou produits agricoles. La plus grande différence entre les abeilles sauvages et les abeilles dites domestiques est bien évidemment la production de miel, mais ce n’est pas la seule.
Produire du miel pour soi ou pour une colonie ?
La vraie différence qui distingue l’abeille sauvage de l’abeille domestique concerne la production de miel. Apis mellifera mellifera, l’abeille chouchoutée par nos apiculteurs vit en colonie organisée autour d’une reine. Les ouvrières récoltent au printemps, en été et une partie de l’automne nectar et pollen pour produire les réserves de miel qui nourriront le rucher en hiver.
La majorité des espèces sauvages d’abeilles qui résident sur notre territoire sont des espèces solitaires. Elles ne stockent pas le miel. Chaque individu est indépendant. L’abeille sauvage collecte le pollen et le nectar nécessaire au développement de ses larves. Les réserves sont déposées dans le nid et serviront à nourrir les futures abeilles.
L’osmie rousse, Osmia bicornis, est un parfait exemple. Cette abeille maçonne collecte et pollinise les fleurs des arbres fruitiers dès le printemps. Elle dépose ensuite pollen et nectar au fond des cavités ou elle a pondu ses œufs. L’andrène des saules – Andrena vaga – aménage elle aussi son nid dans le sol. Elle y déposera les ressources collectées pour ses larves dans les galeries qu’elle a creusées.
Il serait cependant faux de croire que toutes les abeilles sauvages sont des solitaires, car notre abeille domestique est elle-même issue de l’espèce Apis mellifera qui s’organise en colonie pour produire du miel et construire sa ruche.
Ruches, cavités, galeries : l’habitat est aussi différent entre abeilles sauvages et abeilles domestiques
La majorité des espèces sauvages qui peuplent le monde – environ 20 000 – sont des abeilles dites solitaires. Contrairement à nos abeilles domestiques, elles n’ont pas besoin de construire une ruche pour se loger. Chaque hyménoptère femelle construit son propre nid. Pour autant, certaines montrent une certaine forme de socialisation et plusieurs femelles d’une même espèce peuvent s’installer à proximité lorsque les ressources sont suffisantes. L’halicte de la scabieuse ou Halictus scabiosae, peut nicher à côté d’autres halictes femelles. Mais chacune creuse sa galerie dans un sol sec et sablonneux et ne nourrit que ses propres larves. L’abeille maçonne ou osmie cornue préfère les tiges creuses, les fissures de vieux murs ou le bois. Elle compartimente ensuite son nid à l’aide de boue pour créer des cellules. Elle y dépose nectar, pollen et œuf avant de refermer chaque cellule.
Le saviez-vous ?
Être mâle n’est pas la meilleure place chez nos insectes pollinisateurs ! Sauvages ou domestiques, ils meurent après l’accouplement. Durant le vol nuptial, pendant l’accouplement, leur abdomen se déchire au moment du transfert du sperme. Une mort immédiate en plein vol dont le bruit de l’explosion est, paraît-il, audible pour l’oreille humaine. Chez nos amies Apis mellifera mellifera, le sort n’est guère plus clément. S’ils ne meurent pas au moment de l’accouplement avec une jeune reine, ils seront expulsés de la ruche à l’automne pour préserver les réserves de la ruche en prévision de l’hiver.
D’autres abeilles sauvages utilisent des matériaux surprenants pour tapisser leur nid. L’abeille cotonnière, Anthidium manicatum, prélève les fibres végétales de feuilles duveteuses tandis que la collète du coquelicot, Hoplitis papaveris, préfère les pétales de coquelicot. Elle les découpe soigneusement puis y dépose les réserves destinées à ces larves.
Sauvage ou domestique, l’abeille reste un auxiliaire indispensable de la pollinisation
Malgré des modes de vie différents, abeilles sauvages et domestiques jouent un rôle essentiel dans la pollinisation de nombreuses espèces végétales. Le transport de pollen de fleur en fleur auquel elles participent permet la reproduction de plantes sauvages, d’arbres fruitiers, de cultures agricoles et de nombreux végétaux.
Si nos abeilles domestiques sont les championnes de la pollinisation, car elles sont capables de récolter pollen et nectar pour une grande variété d’espèces, on les accuse parfois de “ manger le pain ” des abeilles sauvages.
Il est vrai que lorsque les ruches sont très nombreuses dans une zone restreinte, une compétition alimentaire peut apparaître si les ressources florales sont insuffisantes. Pour les abeilles sauvages qui sont souvent plus spécialisées et ne volent pas aussi loin qu’une abeille domestique, la pression des ruchers peut réellement exister pour trouver et collecter nectar et pollen.
Leur spécialisation est aussi un atout, car les abeilles domestiques ne pollinisent pas toutes les plantes non plus ! L’abeille du lierre, Colletes hederae, s’illustre par sa récolte sur les lierres en fleur à l’automne. Bombus terrestris, notre bourdon terrestre vit en colonie – de taille modeste – tout comme Apis mellifera. Il peut voler par temps frais ou humide, contrairement à de nombreux pollinisateurs. Même s’il ne produit pas de réserves de miel exploitables par l’être humain, il est l’expert de la “ pollinisation vibratile ”. Un auxiliaire indispensable pour inciter les fleurs de tomates à libérer leur pollen.
La xylocope violette – Xylocopa violacea – ou abeille charpentière qui niche dans le bois mort ou les vieilles poutres exposées au soleil, pollinise de nombreuses fleurs grâce à sa puissance de vol et sa grande taille.
Enfin, nous opposons bien souvent abeilles domestiques et abeilles sauvages. Si chacune participe et dépend étroitement de la richesse et de l’équilibre de nos écosystèmes naturels, l’abeille mellifère est aussi une abeille sauvage. L’étude menée par Pollinis dans le Parc national de Forêt a mis en évidence la présence de colonies d’abeilles mellifères sauvages. Lorsque les conditions leur sont favorables, celles-ci s’installent naturellement dans des arbres creux, des cavités et semblent tout à fait capables de survivre à l’hiver sans l’être humain.
